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Interview de Gilles Grangier, buraliste à St Etienne : Paquet neutre, les conséquences

27/09/2016

1/  En quoi le paquet neutre modifie le quotidien des buralistes ?

Le paquet neutre nous contraint à réorganiser nos réserves, nos linéaires afin de nous les rendre malgré tout lisibles tout en garantissant un service rapide à nos clients. Cela est coûteux, à la fois financièrement, mais aussi en temps.

2/  Vos collègues sont-ils inquiets ?

Bien évidemment, ils ont un profond sentiment d’injustice et d’humiliation. Souvent, nos fonds de commerce ont été acquis avec toutes nos économies dans la perspective de les revendre, de se constituer une retraite, que vaudront-ils demain ? Près de 1000 buralistes disparaissent par an, il y a fort à craindre que ce phénomène ne s’accentue.

3/ Selon vous quel impact a cette réforme sur la consommation de paquets de cigarettes ?

Il y aura certainement un impact sur la consommation, mais il ne sera pas dû au caractère répulsif que le packaging pourrait inspirer, comme l’imagine notre Ministre de la Santé. Les clients vont se détourner des circuits de vente légaux pour retrouver leurs paquets sur internet, à la vente à la sauvette, sans vraiment se rendre compte dans quel engrenage ils mettent le doigt, quels réseaux ils enrichissent ainsi.

4/ Quelle corrélation dressez-vous entre commerce illicite, paquet neutre et hausse des prix ?

C’est mécanique, lorsque les prix du tabac augmentent, le consommateur cherche une source d’approvisionnement « intéressante », moins coûteuse, et se lance inévitablement dans des pratiques contraires à la loi. Les moteurs de ce « marché parallèle » ? Des trafics qui se déploient à ciel ouvert, des sanctions en inadéquation avec le gain engrangé, un dispositif répressif insuffisant pour enrayer très concrètement la machine.

5/ Quelles requêtes formuleriez-vous auprès du prochain Président de la République ?

La différence de prix avec les pays frontaliers nous pénalise, un moratoire sur les prix du tabac aiderait notre profession. A tout le moins, un retour des contrôles douaniers, une interdiction, une limitation des achats transfrontaliers seraient bénéfiques. Une brigade de lutte contre les achats sur internet serait aussi nécessaire.

La diversification de notre activité nous aiderait également, nous détenons la technologie idoine.
Un message doit passer auprès de notre partenaire qu’est l’Etat, nous investissons beaucoup dans notre activité, prenons des risques, nous souhaitons exercer notre activité, librement.

Enfin, le déploiement d’un arsenal répressif plus sévère, mais aussi plus adapté me semble indispensable. Il est scandaleux qu’un buraliste risque une peine plus importante s’il vend du tabac à un mineur, qu’un trafiquant qui se livre à de la revente illégale.

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