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Trafics : quelle logique ?

24/10/2016

A l’heure où la dépénalisation du cannabis est évoquée afin de limiter les trafics, on laisse les trafiquants de cigarettes s’emparer de l’espace public. Ville par ville, quartier par quartier. En opposition complète à cet incompréhensible laxisme pénal généralisé, la politique de santé prétend, dans le même temps, bannir le tabac du pays par le paquet neutre et en augmentant encore les prix, ce qui, va immanquablement permettre à des réseaux criminels de s’enrichir encore plus.

En tant qu’observateur du phénomène mouvant qu’est l’économie criminelle, je ne peux pas ne pas m’interroger sur les logiques ou plutôt sur l’illogisme des politiques publiques en place et en devenir.

En effet, mes observations de terrain me permettent de dresser un panorama précis de l’arrivée des trafics et de leur propagation sans limite. A cet égard, le commerce illicite de tabac est un révélateur clef du recul de la loi face un fléau qui gagne irrémédiablement en ampleur. En région parisienne, si Barbès est un point connu depuis longtemps des trafiquants et des acheteurs, d’autres émergent peu à peu : les Quatre Chemins à Aubervilliers, St Denis, Saint-Ouen, le quartier la Chapelle… Autant de « repères » qui finissent par se rejoindre et  deviennent rapidement, des zones de criminalité, de radicalisation, mais aussi de non droit.

Partout sur le terrain, je découvre des villes qui connaissent elles-aussi de telles pratiques : Saint Etienne, Metz, Marseille, Montpellier… La liste s’allonge tous les jours, reflet d’une situation qui empire, sans que personne (media, politiques, autorités locales) ne porte attention à ce phénomène et à ses conséquences sociales désastreuses.

Il est grand temps que l’économie criminelle soit identifiée comme un sujet majeur,  lié à la grande criminalité, au terrorisme, et qu’on y mette enfin un terme. 

Un premier focus sur un trafic qui, loin de représenter un épiphénomène, se révèle de première importance : celui des cigarettes.

Saviez-vous que le trafic de cigarettes rapporte à ce jour le double du chiffre d’affaires du cannabis ?

En effet, le trafic de cigarettes génère un chiffre d’affaires d’environ 2,5 milliards d’euros, identique à celui du cannabis et de la cocaïne réunis, pour des marges comparables. Quand on sait qu’il représente un manque à gagner de 3 milliards d’euros pour le pays, c’est près de 6 milliards d’euros qui échappent au budget de l’Etat.

Accessible facilement, notamment dans la rue, en plein jour, le trafic de cigarettes touche aussi les plus jeunes qui contribuent, sans le savoir à alimenter des réseaux de criminalité organisé structurés et jamais inquiétés, ils tombent ainsi, sans le savoir, dans la délinquance. Comment comprendre, que face à un climat d’insécurité qui grandit, ni les acheteurs, ni les vendeurs ne risquent quoi que ce soit ? Aujourd’hui, nous sommes face à ce constat : aucune volonté, aucun intérêt, aucun moyen n’est mobilisé pour arrêter le circuit de ces trafics qui empoisonnent notre pays.

Le trafic de cigarettes est un chancre dans les villes, une nuisance majeure pour les riverains, sans parler de la preuve visible de tous qu’il apporte de l’impuissance des forces de l’ordre.

Face à une situation qui dégénère (espace public usurpé, agressions physiques à Paris mais aussi règlements de compte à Marseille entre trafiquants de cigarettes), mobilisons-nous pour alerter les pouvoirs publics et faire que cette situation change enfin !

Je ne peux que me réjouir de constater que des riverains, de plus en plus nombreux, se réunissent pour agir ensemble contre cette inacceptable situation.

A St Denis des femmes occupent le parvis de la gare avec une brocante improvisée, dans le 18ème   à Paris, une action est menée en justice contre la municipalité, à Montpellier un collectif est en germe afin de faire entendre la voix de riverains qui assistent, impuissants, à la dégradation de leur quartier, au triomphe de l’insécurité. Je ne peux que soutenir ces initiatives qui témoignent d’une situation laissée trop longtemps à l’abandon et contre laquelle il est urgent d’agir collectivement.

 

 

 

 

 

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