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La police en France: il est temps de changer de logiciel !

24/07/2017

Dans mes précédentes tribunes j’ai développé les divers aspects de l’affaire des femmes de Pajol. Au-delà des polémiques inutiles et des déséquilibres Paris/province, cet épisode montre surtout que notre approche des problèmes de police ne répond pas aux attentes du monde moderne. L’État n’a pas de stratégie policière ni la volonté de régler les problèmes par une remise à plat des méthodes. Il ne faut pas s’étonner en conséquence du chaos sécuritaire de nos rues.

Pourquoi en est-il ainsi et que pourrions-nous faire ?

La police est l’art de gérer la violence sociale interne en déférant les fauteurs de troubles à la Justice. Il en découle trois choses. Un, la police est une affaire civile or, à quoi assistons-nous ? Une militarisation incessante. Un problème quelque part ? On envoie des CRS, pas assez de CRS ou de gendarmes mobiles ? On monte l’opération Sentinelle avec des soldats, pas assez de soldats ? On parle de rétablir le service militaire et on passe à l’état d’urgence permanent. Il n’y a pas de fin à cette escalade qui finira par militariser la Justice elle-même.

Deux, la Justice juge et ne fait pas la police, or, nous avons donné aux procureurs le statut de juges et ce sont eux qui dirigent la police. Il y a confusion et méfiance réciproque, sans parler de la politique de l’excuse sociale pour se défausser de l’exercice de l’autorité.

Trois, la police se bâtit à la base des cellules sociales, or, quand viennent les élections, on nous promet le renforcement de la police de terrain sans pour autant lui donner les moyens d’une action efficace, résultat : nos rues sont remplies de trafiquants, la Justice ne fonctionne pas, les policiers sont décriés, l’économie criminelle s’épanouit avec toute sortes de commerces illicites alimentant l’air de rien la grande criminalité. La France envoie l’armée chasser les problèmes, quand ils explosent à Barbès, Marseille et ailleurs, au lieu de les combattre à la base.

Je vais ajouter un aspect trop méconnu. La stratégie policière doit être confiée à des professionnels responsables, or, la police est aujourd’hui dirigée par les politiques et la haute administration qui ne connaissent pas la réalité de ce métier. Les conséquences sont dramatiques : on ne sait répondre aux défis que par l’augmentation de fonctionnaires sans pouvoirs. C’est la même logique qui amène à multiplier les enseignants au fur et à mesure que le niveau s’abaisse !

La solution ? Elle est limpide : il faut inverser les normes ! On en parle pour le dialogue social, il faut faire la même chose pour la police. Penser une stratégie de reprise du terrain, donner des outils modernes, faire confiance aux responsables et décentraliser, associer citoyens et policiers au niveau municipal. Les chercheurs comme Dominique Montjardet, Sébastian Roché ou Christian Mouhanna nous le préconisent depuis des décennies. A quand la mise en œuvre effective de cette feuille de route de bon sens ? #STOPTRAFICS

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