Analyses d’Actu
billet d'actus

Que fait la police ? La réponse des hommes du terrain

26/07/2017

Dans mon livre « petits trafics, grandes dérives », je rapporte les propos de « Robert », un collègue de Saint-Denis qui m’a fait découvrir sa ville en profondeur. Trafics, manque de police, populations abandonnées, autant de symptômes du mal que rencontre la police en France. Moins que les hommes, courageux et volontaires, c’est la stratégie policière et le suivi judiciaire qui sont en cause. Je viens de retourner sur place après un an depuis mon dernier passage. Rien n’a changé malgré des renforts. Pourquoi ?

Premier indice qui en dit long : la rapidité de la rotation des policiers. Sur trois ans, plus de 80% des effectifs sont partis vers des cieux moins troublés.  La fatigue, les risques, les tensions, tout devrait concourir à permettre aux femmes et aux hommes qui sont là de se mettre en valeur et d’obtenir de la promotion sur place, or, bizarrement, ce n’est pas le cas. Ce sont toujours les syndicats et leurs adhérents qui décident de l’avancement ; et celui-ci ne va pas forcément à ceux qui paient de leurs personnes. « On est mieux récompensé dans les bureaux et dans les filières judiciaires que dans une brigade, dès lors, où est l’intérêt d’être au front ? » Robert en a tiré une conclusion désabusée : il demande sa mutation, fatigué qu’il est de servir de formateur à des « sorties d’école » qui ne pensent qu’à partir.

Deuxième indice : si les effectifs de la police nationale de Saint-Denis sont à peu près identiques depuis mon dernier passage, la police municipale, elle, a explosé. Elle est passée de 10 à 70 et continue de grandir et d’investir dans du matériel. Cette évolution répond à une demande de la population, comme Françoise Gourdon la rebelle des brocantes sauvages, elle est logique, le problème, c’est que le parvis de la gare est toujours rempli de vendeurs à la sauvette et de receleurs, immigrés illégaux pour la plupart. Le constat s’impose : « les municipaux sont là pour des raisons électorales, non fonctionnelles car le code de procédure ne leur donne aucun pouvoir ».

Alors, que fait la police ? La question se pose sérieusement ! Et bien, la police ne peut pas (police municipale) ou plus (police nationale harcelée, critiquée et non soutenue) faire son travail. C’est aussi simple que cela.

Les collègues de terrain, au contact du public, ne sont pas défendus ni valorisés par leur hiérarchie et la justice, qui au contraire, les accusent de tous les maux. Aujourd’hui, qu’entend-t-on partout ? « S’il y a de la délinquance et des trafics en France, c’est de la faute de la police ». Face à ce désastre national qui coûte si cher, je peux comprendre l’invocation entendue auprès de plusieurs collègues à bout lors de mon passage en région parisienne, « qu’ils suppriment la police et nous verrons ce qu’il se passe ! »

La lutte contre les trafics de stupéfiants est une priorité pour les forces de police, qu’en est-il pour les produits légaux qui créent tout autant, sinon plus de désagréments ? Face à ces professionnels désabusés, à ses citoyens otages de ce phénomène d’une ampleur inouïe posons-nous une vraie question : la mise en place d’une stratégie tournée vers la satisfaction des populations est-elle la priorité? Si c’est le cas, il est plus que temps d’entamer une remise à plat de notre système répressif, à bons entendeurs !

#STOPTRAFICS !

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