L’économie criminelle, poison mortel de la République

La France a laissé se développer sur tout le territoire une économie criminelle dont nous commençons seulement à comprendre les conséquences dramatiques. La contrebande et la contrefaçon de nombreux produits permettent en effet à des organisations criminelles, voire mafieuses de prospérer. Ces trafics ne se limitent pas à la drogue mais portent le plus souvent sur des produits de grande consommation tels que les médicaments les produits de luxe, les cigarettes ou encore les vêtements de marque.

Ces trafics restent invisibles et passent sous le radar de la police et de la justice. Nos concitoyens n’en perçoivent que le vendeur à la sauvette, dernier maillon d’une organisation dont ils n’ont pas conscience.

Ces multiples trafics ne s’exercent pas dans les seuls quartiers sensibles dont certains sont devenus de véritables zones de non droit. Ils s’inscrivent dans les centres villes, trouvent des relais dans les petits commerces, s’inscrivent dans un tissu de relations sociales complexes.

Le prix à payer pour faire cesser cette dérive est aujourd’hui exorbitant, tant sur le plan économique que sur le plan social. Les attentats du 7 janvier sont venus rappeler avec quelle facilité les terroristes trouvaient là un moyen de se financer. La vente de quelques produits contrefaits aura suffi à leur permettre l’achat d’armes et à leur donner les moyens de mener les attaques contre Charlie Hebdo.

Cette économie criminelle est le poison mortel de la République. Les réseaux criminels ont su profiter du recul de l’autorité de l’Etat sur le territoire sous toutes ses formes : police, école, services publics de l’emploi, fiscaux, etc. Ils détruisent peu à peu le lien social et notre pacte républicain.

On ne sait pourtant pas grand-chose de ce phénomène. Les données font tragiquement défaut. Il est donc urgent de comprendre en détail la réalité de ce phénomène, de le qualifier, mais aussi de réveiller les consciences pour aider à faire émerger les solutions républicaines, dans le respect de nos valeurs, dans le cadre de l’Etat de droit.

Ce blog a l’ambition de devenir un véritable portail d’information de tous les acteurs concernés par le sujet. Il est avant tout un espace d’échange et de dialogue, un lieu d’expression libre. Il est ouvert à tous. Citoyens, élus et décideurs, acteurs économiques, chercheurs… tous y trouveront une tribune pour faire valoir leur point de vue et contribuer à relever le défi qui nous est posé.

L’auteur

Par mon expérience de commissaire de police, j’ai approché de très près ce phénomène et les problématiques qui y sont liées. Au sein des forces de l’ordre ou de grands groupes privés également impactés par ces sujets, j’ai développé à ce sujet une expertise spécifique, et un intérêt qui ne m’a pas quitté depuis. Egalement formé à l’étranger, j’ai pu apprécier des manières de considérer ce type de problématiques avec un regard neuf.

Diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure de Police, de l’Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice (INHESJ), de l’académie du FBI, du Police College de Bramshill (UK), j’ai eu l’honneur de servir dans la Police Nationale comme Commissaire Divisionnaire et de contribuer à des programmes européens ou internationaux sur le sujet. J’ai notamment participé à la mise en place nationale et à l’évaluation de la police de proximité en 1999, que j’avais déjà testée en précurseur dans mes postes précédents.

Mais les grandes entreprises sont également touchées par ces sujets. Après avoir dirigé la politique de sécurité de Danone ou de Technicolor, j’ai décidé de créer un cabinet européen de conseil pour aider les grands acteurs privés à se saisir de ce problème. Ancien Vice-Président exécutif du Club des Directeurs de Sécurité d’Entreprise (CDSE), je suis également membre de l’International Security Managers Association (ISMA, Etats-Unis) plus grande association globale de directeurs de sûreté d’entreprises.

Enfin, je conduis un travail d’analyse académique sur le lien entre sécurité et liberté : comment protéger dans nos libertés alors que la demande de sécurité est sans cesse croissante dans notre pays. Mon travail mené à l’IRIS comme enseignant chercheur s’est d’ailleurs traduit par la publication de plusieurs ouvrages, dont « Tous prisonniers : Pourquoi et comment nos libertés se perdent au nom de la sécurité ».

Hervé Pierre