Témoignage de Dominique, ancienne habitante d’Aubervilliers

06/06/2017

Bonjour

Merci de donner la parole aux victimes dans votre blog.

Pour ma part j’ai habité Aubervilliers aux Quatre Chemins quelques années et je peux vous dire comment les choses dérapent, la vitesse à laquelle cela va et ce que le trafic peut signifier pour les riverains.

J’ai acheté en 2008 un appartement à la sortie du métro. Jusqu’en 2014, tout allait à peu près bien.  Puis un marchand de sommeil a pris possession de deux appartements, ce qui veut dire qu’il louait deux petits 2 pièces à de trop nombreux locataires, alors que lui-même ne payait pas ses charges.  Bien qu’il habite un pavillon confortable en banlieue, il a mis la copropriété en grande difficulté en accumulant plus de 30 000 euros de dettes. Mais le plus difficile a été l’occupation de l’un des appartements par des vendeurs de cigarettes qui utilisaient les boites à lettres ou la cour de l’immeuble pour cacher leurs paquets. Pour cela ils défonçaient les portes des boîtes aux lettres, les portes d’entrée et de cave et nous menaçaient quand on se plaignait.  Tout a continué de déraper. De plus en plus de vendeurs profitaient du spot pour revendre des cigarettes. On a eu des groupes de personnes, souvent alcoolisées, attroupées en permanence dans le hall, des bagarres pour la possession du terrain, du squat, de la drogue, de la prostitution, tout ce que vous pouvez imaginer et cela en seulement deux ans. Les rats se sont en plus installés dans l’immeuble, sans doute en raison des nombreux chantiers de construction mis en place aux alentours.

De notre côté nous avons tenté d’alerter l’équipe municipale, le maire, la police locale et nationale.  Ils ont essayé de nous aider mais leur action n’était jamais suivie d’effets. La justice est inefficace pour traiter ce genre de problème.  Finalement, une partie du plafond de l’un des appartements occupés s’est effondrée, et le marchand de sommeil a délogé tous les vendeurs de cigarettes habitant dans l’immeuble. Mais le trafic a continué, les vendeurs s’étant approprié le hall d’entrée. Un jour une femme a trouvé un couteau dans sa poussette. Un autre jour on avait uriné dedans ! Sur la porte de l’immeuble quelqu’un a même gravé avec une pointe une publicité : « Marlboro bled » pour indiquer  qu’on y trouvait des cigarettes venues de l’étranger.

La vie est devenue tellement difficile que j’ai déménagé en province. Depuis, nous avons fait installer un nouveau système pour la sécurisation des portes. Il semble que les choses s’arrangent même si le quartier est encore occupé par les vendeurs à la sauvette. Tout cela m’a fait perdre des années car je n’ai pas pu revendre mon bien, qui est aujourd’hui en location mais qui a aussi perdu de sa valeur.

Merci encore de me permettre de témoigner. On ne soupçonne pas les conséquences de ces trafics.